A BATONS ROMPUS

Contrairement à notre dispositif "Micro-baladeur de Découvertes" que nous avons l'habitude de déclencher dans le cadre de nos enquêtes et reportages, nous réalisons à ce niveau des interviews exclusives de personnalités influentes essentiellement du monde diplomatique, politique et économique. A Bâtons-rompus, nous nous entretenons, surtout et entre autres, avec les chefs d'Etat et de gouvernement et les hauts responsables des organisations tant internationales, régionales que sous-régionales.

 

INTERVIEW EXCLUSIVE DE M. ARISTIDES GOMES PREMIER MINISTRE DE LA GUINEE-BISSAU

Après avoir assuré la primature de son pays en 2006, M. Aristides Gomes dirige encore depuis le mois d’avril 2018 un gouvernement de consensus composé de 25 membres dont 17 ministres et 8 secrétaires d’Etat. Avec un discours optimiste pour ne pas dire confiant, qui contraste bien avec celui de certains pleurnichards que l’on rencontre parfois à la tête de hautes institutions de certains pays, l’actuel Premier ministre bissau-guinéen a reçu le Magazine international Découvertes pour interview exclusive le lundi 9 juillet 2018.

C’était au « Palacio do Governo », une sorte de labyrinthe, fruit de la coopération sino-bissau-guinéenne, qui abrite ses bureaux et l’essentiel des ministères. Un nouveau Palais du gouvernement qui est à inscrire sur la liste d’infrastructures étatiques pouvant contribuer, tant soit peu, à la meilleure visibilité de la Guinée-Bissau, si on le compare au modeste bâtiment, sis « Praça Império », qui abritait son cabinet au moment où il nous recevait pour la première fois en 2006.

«Le pays est plus ou moins attractif aux investissements malgré les difficultés d’ordre politique que nous avons connues pendant les dernières années»

Bonjour Monsieur le Premier ministre! Pourriez-vous, en tant qu’actuel Chef du      gouvernement, nous dresser la situation économique, et politique si possible, de votre pays ?

En ce qui concerne la situation économique, nous avons un programme avec le FMI qui vient d’être approuvé pour la cinquième fois par le conseil monétaire. Je peux dire que sur le plan des finances publiques, il y a certaines réformes qui ont été faites et qui permettent de mener un processus de croissance. Le pays est plus ou moins attractif aux investissements malgré les difficultés d’ordre politique que nous avons connues pendant les dernières années. Mais ces difficultés vont être corrigées avec les élections qui vont avoir lieu cette année. Sur le plan économique toujours, il y a de grands investissements publics qui sont prévus avec tous les bailleurs de fonds. Notre taux de croissance est là pour montrer que nous sommes dans le bon chemin. Nous prévoyons un taux de croissance qui pourra passer de 5,8% de PIB cette année à 6,2% l’année prochaine. Dans la structure de ce PIB, l’investissement public demeure très important. Mais il y a aussi la consommation qui grandit. Elle est un symbole d’une classe moyenne qui s’épanouit de jour en jour, d’une population dont le niveau de vie augmente. Donc, je pense que nous sommes là en présence d’autant de signes avant-coureurs, d’une nouvelle ère pour le pays, à condition que la stabilité politique soit au rendez-vous !  Et nous estimons que cette stabilité sera au rendez-vous, avec les élections, avec tout un programme de réformes des institutions qui sont prévues. Et donc, je pense qu’il y a des possibilités pour que le pays puisse aller de l’avant.

 

Nous comprenons bien que les élections législatives  prévues pour le 18 novembre de cette année 2018 constituent l’un des principaux points de votre agenda gouvernemental. Où en êtes-vous alors avec les préparatifs, particulièrement le budget de leur financement, étant donné que « l’argent est le nerf de la guerre »?

Du côté financier, il n’y a pour l’instant que le gouvernement de Guinée-Bissau qui a déjà apporté une contribution substantielle. Les autres bailleurs de fonds sont toujours au niveau des promesses. Certains pour des raisons, on comprend bien, liées au calendrier. Nous sommes en période des vacances et il y a des institutions qui ne peuvent pas délibérer en ce moment. Je fais allusion par exemple au Parlement européen, au Parlement japonais ainsi qu’à ceux d’autres pays qui ont promis. De toutes les façons, ce n’est pas ça qui va gêner l’opération qui doit suivre et qui est d’ailleurs la plus importante, celle donc du recensement électoral. Pour cette opération, notre contribution à elle seule peut en être le support d’autant plus que nous avons déjà déposé dans un compte géré par le PNUD un million et huit cent mil euros. Et nous sommes prêts à débourser encore, si nécessaire, deux millions et demi d’euros supplémentaires pour que cette opération de recensement électoral puisse avoir lieu. La difficulté quant à cette opération qui est la plus importante, et qui doit suivre tout de suite, n’est pas d’ordre financier. Elle est plutôt d’ordre logistique en ceci qu’elle est liée à l’acquisition d’un dispositif pour un recensement biométrique, un ensemble de kits pour le recensement selon un scénario que nous avons choisi ; un scénario plus difficile à exécuter, un scénario assez lourd parce qu’il exige non seulement le recensement local d’électeurs mais aussi la distribution immédiate de leurs cartes. Donc, c’est moins une difficulté financière plutôt que celle beaucoup plus liée à la commande du dispositif biométrique, un dispositif qu’on acquiert donc sur commande. Sinon les autres promesses financières pourront même être accomplies après la réalisation de ce recensement, au mois de septembre voire même octobre par exemple, et cela n’empêcherait pas l’organisation du scrutin à la date prévue, c’est-à-dire au 18 novembre !

Face a l’Envoyé spécial du Magazine international Découvertes, le Premier ministre bissau-guinéen a déclaré : « Du côté financier, il n’y a pour l’instant que le gouvernement de la Guinée-Bissau qui a déjà apporté une contribution substantielle. Les autres bailleurs de fonds sont toujours au niveau des promesses »

Ce qui pourrait gêner, c’est l’arrivée tardive soit des kits pour le recensement biométrique, soit d’une entreprise qui pourrait se charger de la réalisation de ce recensement parce que nous avons, il y a quelques jours de cela, lancé un appel d’offre pour retenir une entreprise qui devrait s’en occuper.

Et la Cedeao dans tout ça, elle qui pour des raisons de proximité géographique devrait jouer un grand rôle ?

La Cedeao a aussi promis une contribution financière qu’elle n’a pas encore précisée. Mais vous savez que la Cedeao a déjà beaucoup fait : il y a une présence au niveau de la sécurisation du pays et des institutions. Mais nous attendons à tout moment la concrétisation de ses promesses financières pour les élections.  Mais encore une fois, si l’on peut parler de retard en ce moment, celui-ci serait plus dû à des difficultés liées au choix du scénario que nous avons fait d’une part, mais surtout à la disponibilité des moyens techniques. C’est moins des difficultés d’ordre financier, c’est plutôt en termes des moyens techniques. Si aujourd’hui on avait des kits du dispositif de recensement biométrique, on les aurait payés tout de suite, si on avait des services qui nous seraient offerts par rapport à l’appel d’offre que nous avons lancé, on aurait payé tout de suite ! Donc, nous sommes en ce moment beaucoup plus interpelés par la question d’organisation du recensement biométrique.

 

Etant donné que c’est pour la deuxième fois que vous dirigez le gouvernement de votre pays, qu’est-ce que vous avez changé ou comptez-vous changé dans votre style de management gouvernemental ?

Je ne pense pas qu’il y ait de changements profonds. C’est toujours la même méthode, c’est toujours les mêmes perspectives. Moi j’estime que la Guinée-Bissau a beaucoup de potentialités, et que l’essentiel c’est de pouvoir créer un vrai instrument de développement. C’est-à-dire un Etat rationnel qui fonctionne sur des bases rationnelles, qui se structure à travers des procédures réglementaires. Il nous faut des institutions de développement. Et c’est dans ce sens que je mène mon action, quoiqu’en ce moment je ne puisse pas faire des réformes étant donné que ce n’est pas le but de mon gouvernement, sa mission étant essentiellement d’organiser des élections dans des conditions de stabilisation, dans le cadre d’un processus de redémarrage de ce pays après une période de transition..  

 

« Il ne faudrait pas avoir des préjugés sur la Guinée-Bissau ! Nous avons des difficultés certes, mais c’est des difficultés qui correspondent à une période historiquement située »

Profitant de la tribune que vous offre le Magazine international  Découvertes, auriez-vous un message particulier et en quelle direction, svp?

Le message que j’aurais bien voulu faire passer au niveau interne comme externe est qu’il ne faudrait pas avoir des préjugés sur la Guinée-Bissau ! Nous avons des difficultés, certes, mais c’est des difficultés qui correspondent à une période historiquement située. C’est un Etat qui n’a pas encore cinquante ans, qui se cherche. On est à la recherche d’un modèle concernant les formes d’organisations politiques, d’institutions politiques qui doivent être en adéquation avec les structures sociales que nous avons. Donc, c’est normal qu’on soit dans une certaine mesure à la dérive, à certains égards. Mais il ne faudrait pas avoir des préjugés! Il y a dans ce pays des hommes et des femmes respectables malgré tout. Il y a des impératifs de réforme des institutions. Il faut nous aider à faire des réformes, c’est l’essentiel ! Ceux qui veulent nous aider, de manière honnête, surtout que nos partenaires soient disponibles, sur la base d’une certaine honnêteté intellectuelle, sur la base d’une étude convenable des dossiers, comme le font d’ailleurs les organisations qui sont à nos côtés en ce moment. Je fais allusion à la Cedeao, à l’Union européenne, à l’Union africaine, aux Nations unies, … qui travaillent avec nous. Et au plan bilatéral aussi, les pays qui travaillent avec nous. Qu’ils ne se fatiguent pas ! Qu’ils nous comprennent ! Je les encourage à poursuivre ce travail dans le même sens, il faut beaucoup plus d’efforts de compréhension ! On ne peut pas se lasser des difficultés d’un pays. Tous les pays sont passés par là d’une manière ou d’une autre, certains avec plus de difficultés ! Et là nous sommes en train de traverser des moments difficiles, mais ça va aller, ça va aller. Il y a des gens qui veulent se battre pour que ça puisse bien aller !

Avez-vous autre chose à dire, Monsieur le Premier ministre?

Je tiens seulement à vous remercier de m’avoir donné cette opportunité de faire passer le message que je voulais faire passer !

( Propos recueillis par Vital Ntambwe B. Baraka )

 

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