- CULTURE -

« L'Afrique c'est moi, la femme de pouvoirs »

 ( MAGAZINE INTERNATIONAL « DECOUVERTES », PAR SYLVIE GERARD )

Sylvie Gérard est professeur d'arts plastiques. Fascinée par l'Afrique, cette française peintre, qui est l'une de belles plumes qui ont contribué à l'animation de la rédaction du Magazine international « Découvertes », quelques années après son lancement à l’aube du 3e millénaire, nous livre quelques-unes de ses réflexions sur ce continent et son peuple...

 

 

« Puis l'Afrique venait alors marquer le temps, comme un réveil d'authenticité, d'énergies nouvelles. Je redécouvrais les sensations du voyage, le terrain de la découverte, l'école de la vie. La révélation n'a pas été si soudaine, mais ce fut avant tout une révélation à moi-même, devant une nature que je n'avais pas encore explorée. Ma nature africaine et dans son langage le plus primitif, l'expression par le corps, véritable semence d'énergies, de pouvoirs qu'est ladanse. » (1989) « J'ai appris ma maladresse, le respect de la différence, la reconnaissance de l'autre, j'ai accepté de vibrer avec elle, d'être transportée par elle, d'être une autre dans mon corps et mon esprit. » (1989) « J'ai rencontré l'expression profonde de regards d'ébène et les sourires étincelants, quand les mots ne vibraient pas assez. Et je me réjouis d'avoir été bercée de musiques, de chants, de danses. Imprégnée de tout cela, c'est du soleil, des sons, des odeurs, la fièvre, la sueur et le pouvoir captivant que je ramenais en France. » (1990) « Et comme une profonde absence, un vide, un oubli, la femme émerge là, couverte de poussière et de cendre, mais intacte. Comme je redoutais souvent l'entourage et le clan des femmes.  Aujourd'hui, elles manquent à ma tribu, cette communauté secrètement complice, ces femmes vouées au même mystère. Ces créatures fécondes rencontrées sur ces visages et ces sourires bienveillants de l'Afrique.  Rayonnement inoubliable, elles ont accueilli la femme que j'étais et ce n'est pas le hasard si j'ai rêvé d'y enfanter, de porter la vie, à l'image du soleil, comme une mère d'amour. Le refus ici se transformait en semence et le désert transformé en oasis, sans résistance, sans idée rationnelle, sans raison, sans analyse. Le pouvoir de la femme jusqu'à la nuit des temps. Partager l'intimité, la conviction viscérale, la fierté glorieuse d'être femme. Et l'Afrique, c'est moi, la femme de pouvoirs.» (1994) « Alors les images lointaines, les paysages de brousse, les baobabs, les villages en pisé et les greniers à mil, défilaient sur le ruban de ma vie. Je rêvais d'horizons vides, de sable brûlé du désert, de levers du soleil irisés, chauds, de porteuses d'eau, de marchés de couleur, d'odeurs épicées, de sourires de femmes, d'enfants et de vieux sages. Toute cette féminité, éclatante de beauté, de poésie, de sacré, de mystère, se découvrait ainsi à mes yeux, brute, précieuse et sans pudeur. Comme une fleur sauvage, je vibrais au soleil à corps ouvert et j'apprenais la confiance. La souffrance et la joie, la suprême douleur et la suprême volupté, intimement liées, s'exprimaient dans la poésie du quotidien, dans cette dignité de femmes noires, habitées par la lumière. » (1989-1995)

Sylvie Gérard