ENQUETES ET REPORTAGES

 

CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE DE 2009

La Mafia aurait-elle été la grande bénéficiaire ?

( Magazine international Découvertes ) 

Notre grand reporter et amoureux du sensationnel, Soumaïla Aïdara, qui a enquêté à ce sujet,  livre ses conclusions.

Les organisations mafieuses regroupées en « holdings » ont tissé leur toile et renforcé leur hégémonie via des sociétés structurées qui opèrent dans le recyclage des ordures.

La crise financière internationale marquée fortement par un chômage crescendo et un assèchement des crédits qui n’ont pas épargné les pays industrialisés, aassurément créé les conditions propices à la consolidation des crimes organisés sous l’impulsion des cercles mafieux. Mieux, la raclée prise par les géants bancaires mondiaux et les bourses financières, a largement profité à la mafia qui continuait à étendre son influence sur l’économie du monde. A la faveur du vent de panique qui a soufflé sur les marchés internationaux, les organisations mafieuses regroupées en « holdings » ont tissé leur toile et renforcé leur hégémonie via des sociétés structurées qui opéraient dans le recyclage des ordures et les secteurs de l’immobilier et du tourisme. Les plus en vue sur la scène internationale qui occupent encore la tête du peloton sont : la mafia sicilienne « Cosa Nostra » , la mafia napolitaine «la Camorra », calabraise « la Ndrangheta », et celle des Pouilles ( la Sacra Corona Unita) qui avaient mobilisé la bagatelle de 25 milliards d’euros. Selon le Bureau de l’ONU spécialisé dans la lutte contre la drogue et les trafics illicites, «les organisations mafieuses ont une capacité d’investissement dans des activités pourtant légalement établies mais dissimulées et orientées vers des activités illicites comme le blanchiment de l’argent sale ». Ces sommes faramineuses injectées dans le circuit par les barons de la mafia, passent généralement au nez et à la barbe des sociétés transnationales et des départements économiques stratégiques des Etats, qui perdent le contrôle de la traçabilité des transactions.

 

A Naples, un « carabinieri » surveillant, en 2007, un complexe comprenant des buildings et appartements de pointe, construit illégalement par la célèbre organisation mafieusela Camorra

A Naples, plus précisément en 2007, un « carabinieri » a passé son temps à surveiller un complexe comprenant des buildings et appartements de pointe, construit illégalement par la célèbre organisation mafieuse « la Camorra », la mafia locale. Depuis très longtemps, rapportait un expert des réseaux criminels, la Camorra a infiltré des sociétés spécialisées dans le ramassage et le recyclage des ordures. Avec comme consigne, de transporter de la drogue vers les circuits huilés de l’organisation. Cela s’appelle dans le code des initiés de l’écomafia. Cette opération masquée aurait coûté la bagatelle de 10 milliards d’euros par an. Comparée à un monde fermé, les organisations mafieuses distribuaient à tour de bras des mannes financières importantes à leurs barons, chefs de clans et petits rabatteurs qui pouvaient varier entre 1000 et 40 000 euros. Profitant de la crise économique, la Mafia s’exporte en dehors des arcanes italiens. La Suisse, l’Allemagne et l’Espagne étaient devenus des pôles perméables de réinvestissement de l’argent sale surtout via le narcotrafic et la prostitution. Si l’Espagne à travers la Camorra a investi les créneaux tels que l’industrie touristique andalouse, à Naples, la mafia locale a décidément eu la haute main sur les importations en Europe de la cocaïne latino-américaine par l’entremise des filières établies à Madrid et Barcelone.

La France n’était pas aussi épargnée par la fashion Mafia car, sur les bords de la Seine, le cocktail était explosif avec les réseaux French Connection, corses, niçois et marseillais.

La France n’était pas aussi épargnée par la fashion Mafia. Sur les bords de la Seine, le cocktail était explosif avec les réseaux French Connection, corses, niçois et marseillais. La police française a considéré que la Mafia était connectée depuis fort longtemps à la criminalité du Sud-Est de la France. La Côte d’Azur était devenue un maillon poreux de transit de la drogue en provenance d’Amérique du Sud par voie routière. Les stigmates de la mafia Version française étaient  visibles dans l’industrie de l’immobilier qui explosait à bout de champ. Dans un climat de déréglementation financière internationale, les entreprises à cours de liquidités ou au bord de la faillite sont généralement les plus exposées et vulnérables aux opérations de rachat à l’instar de celles qu’effectue la mafia calabraise, la plus riche, propriétaire de restaurants célèbres, café de Paris via Venet, haut lieu de la dolce vita de Federico Felleni. Décidément, les usuriers de la pègre ont sérieusement profité du ralentissement économique mondial !

Soumaïla Aïdara