Portables : les effets sur la santé encore incertains ?

(DOSSIER RÉALISÉ PAR ANTOINE DOS REIS)

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) offrent en ce 21e siècle des opportunités qui ont bouleversé voire révolutionné le monde. Néanmoins, toutes ces nouvelles technologies pour importantes et nécessaires qu’elles soient, invitent à une plus grande prudence et à une plus grande vigilance. Les chercheurs et scientifiques des pays dits développés l’ont compris très tôt en mesurant leurs impacts au niveau de notre santé que conditionne ce nouveau mode de notre existence. Selon le comité scientifique de l’Union européenne, les téléphones portables n’augmentent probablement pas les risques de cancer, mais les effets d’une utilisation prolongée des technologies mobiles et sur les enfants restent à clarifier. Ce comité, rattaché à la Commission européenne, qui était appelé à actualiser son opinion publiée des années en arrière, au vu de nouvelles études parues plus tard, avait estimé que les connaissances manquaient encore pour connaître les effets causés par un usage prolongé des technologies mobiles (GSM, Wifi…). Ces experts avaient examiné les risques concernant l’exposition aux champs de fréquence radio émis par les portables de même que les risques des champs de très basse fréquence émis notamment par les lignes à haute tension. Ils avaient maintenu leur constat fait antérieurement: ces champs « sont potentiellement cancérigènes et pourraient contribuer à une augmentation de la leucémie chez les enfants ». « Certaines nouvelles études épidémiologiques avaient indiqué une augmentation possible de la maladie d’Alzheimer due à une exposition à ces champs. De nouvelles études épidémiologiques en laboratoire sur ces observations sont nécessaires », avaient-ils ajouté en conclusion. Une étude menée plus tard dans 13 pays européens sur les dangers du portable montrait que l’utilisation du mobile favorise l’apparition de cancers. Les résultats étaient moins clairs en ce qui concernait deux autres types de tumeur, le “neurinome” de l’acoustique et le “méningome” avec tout de même un risque accru pour ce dernier lorsque les durées d’utilisation dépassent 10 ans. Aucune augmentation du risque n’était signalée pour les tumeurs de la glande parotide. Les résultats de l’étude israélienne où les sujets avaient tendance à rapporter l’intensité des téléphones portables laissaient penser qu’il existe un risque accru de tumeurs avec des périodes de latence plus longues. La définition de « gros consommateurs » utilisée par l’étude concerne les utilisateurs du mobile depuis plus de 46 mois, ceux qui parlent plus de 5 minutes par appel et les personnes qui cumulent en 1 an plus de 60 heures de conversation, soit 11 minutes 30 secondes par jour… Un seuil considéré par certains comme très bas, car il est largement dépassé par une grande partie des usagers, en particulier les adolescents. Des experts français avaient analysé les données de ces 13 pays, y compris l’Angleterre, et avaient croisé les différents types de tumeurs des utilisateurs de portables. Ces chercheurs admettaient que la cause est inconnue, mais pensent que le rayonnement des appareils pourrait être le déclencheur. L’Agence internationale de recherche sur le cancer, une branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait aussi de mis en évidence, à la suite d’une grande enquête, le risque de développer une tumeur maligne significativement accru pour ceux qui utilisent le portable depuis 10 ans. Ces scientifiques ont découvert qu’un type de tumeur du cerveau appelé “gliome” était plus fréquent chez les utilisateurs des portables. D’autres chercheurs s’intéressaient également aux risques liés à l’utilisation du téléphone portable par les enfants. En l’absence de données suffisantes, ils déconseillent aux parents de laisser leurs enfants de moins de 8 ans se servir d’un téléphone portable car, ils sont plus fragiles que les adultes. Les 28 études analysées portaient sur les liens entre téléphone portable et pression artérielle, fonctions cérébrales, mais aussi cancer.

 

L’électro-hypersensibilité ou l’hypersensibilité électromagnétique 

L’électro-hypersensibilité dont le doux nom pourrait désigner un penchant particulier pour la musique électro est un fléau bien identifié. Elle caractérise les problèmes de santé dus à l’exposition aux champs électromagnétiques soit les antennes-relais de téléphonie mobile, les lignes à haute tension, les écrans d’ordinateur, les ampoules fluo-compactes, Wifi, Bluetooth et autres téléphones portables,; bref, tout notre environnement naturel du XXIè siècle. Les symptômes ultra-variés (vertiges, maux de tête, troubles de la mémoire ou de la concentration, irritabilité, picotements, brûlures, douleurs musculaires et articulaires, pertes de sommeil, éruptions cutanées, …), peuvent varier d’une personne à l’autre, être bénins ou affecter si gravement les gens qu’ils sont obligés de totalement changer de vie. Si on entendait peu parler de ce phénomène il y a des années, le “buzz” prenait de plus en plus d’ampleur ; les études scientifiques, souvent étouffées, se multiplient. Certains gouvernements le reconnaissent officiellement comme pathologie handicapante et selon les pays, les proportions d’électro-hypersensibles varient. En France, la résistance s’était organisée : procès intentés aux opérateurs ou aux propriétaires d’immeubles autorisant la pose d’antennes, lutte contre les antennes-relais trop proches des écoles, lanceurs d’alerte, syndicats, comme celui des bibliothécaires de la ville de Paris souffrant du Wifi)… Concernant le risque d’hypersensibilité électrique, aucune preuve de la responsabilité du téléphone portable n’a été établie. Les risques de l’utilisation du téléphone surtout à long terme inquiètent beaucoup. Le Ministère français de la Santé avait chargé l’Agence française de sécurité alimentaire, de l’environnement et du travail (AFSSET) de réaliser une synthèse des connaissances sur les risques de la Téléphonie mobile personnelle (TMP), mais aussi du Wifi. Plusieurs associations comme Agir pour l’environnement et Priartem militaient depuis longtemps pour l’évaluation des risques, parlant « d’un déficit d’informations fiables sur ces questions ». Le Centre de recherches et d’informations indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM) avait également rendu publiques ses inquiétudes quant à la généralisation du « Tout sans fil ». Qualifiant cette tendance de scandaleuse, il s’était insurgé contre l’accélération de la pollution magnétique. Et un rapport réalisé par des scientifiques américains basés à l’Université d’Albany dans l’Etat de New York avait révélé « de graves risques en matière de santé publique liés à l’exposition aux champs électromagnétiques des lignes électriques, aux téléphones mobiles». Selon ces travaux parrainés par le BioInitiative Working Group, les tumeurs au cerveau mettant 15 à 20 ans à se développer, il manque encore de recul pour les évaluer vraiment. On s’affole à tort ou à raison ? L’avenir, Dieu seul sait, nous édifiera.

Les pays en développement de plus en plus touchés par le cancer

Selon les spécialistes, le nombre de cas de cancers est beaucoup plus élevé dans les pays dits en développement que dans les pays dits développés. Ceci pour de multiples raisons liées principalement aux conditions et mode de vie des populations comme s’était évertué à nous le démontrer le Docteur Abdoul Aziz Kassé, éminent cancérologue sénégalais et alors président de l’Institut de cancérologie de Dakar dans un entretien qu’il nous avait accordé. D’après ce spécialiste, sur les 10 millions de cas de cancers enregistrés chaque année dans le monde, les 6 millions sont déclarés par les pays en développement. Un constat amer et douloureux ! Le Dr Kassé nous révélait que ce chiffre est faux, obligatoirement en deçà de la vérité puisqu’il ne prend en compte que les malades qui ont été répertoriés par les systèmes de santé. Enchaînant sur de graves questions portant entre autres sur le nombre de malades qui n’ont  vu aucun médecin, sur celui de malades qui ont vu le médecin et qui n’ont pas eu de diagnostic faute de moyens financiers pour assurer leurs soins (hospitalisation, médicaments), sur ceux qui ont eu le diagnostic et n’ont pasété traités. Le cancérologue avait constaté et répondu qu’il y a donc, en réalité, plus de 6 millions de nouveaux cas de cancers dans les pays en développement et par voie de conséquence beaucoup plus de maladies que dans les pays dits développés.

 

La loi des tiers

Prié de nous dire si, au moment où nous le rencontrions, des progrès significatifs étaient visibles dans la lutte contre ce mal du siècle en nous livrant quelques exemples pour limiter les facteurs de risques, ce spécialiste avait précisé que la lutte contre le cancer passe par plusieurs phases et surtout par une loi qu’on enseigne habituellement aux étudiants et qui est appelée la “loi des tiers”. Selon lui, normalement un tiers de cette pathologie n’aurait même pas dû exister parce qu’ils sont évitables. C’est-à-dire que si l’on avait fait tout ce qu’il fallait pour supprimer les facteurs de risques ou en d’autres termes les causes qui prédisposent au cancer, un tiers de cette maladie aurait pu être évité dans les pays en développement. Le 2e tiers concerne les cancers qui sont guérissables en utilisant les traitements et le 3e tiers est relatif aux cas contre lesquels on ne pourrait rien faire globalement, simplement parce qu’ils se manifestent tardivement ; ils ont un génie évolutif propre tel que la médecine ne disposait pas encore des moyens pour les guérir. Les progrès dans ce domaine précis sont dans la prévention et dans le traitement. Dans la prévention d’après le Dr Kassé, il s’agit bien sûr d’adopter de nouveaux comportements pour éviter d’être atteint. Ensuite, faire du dépistage pour diagnostiquer les cancers suffisamment tôt afin de les rendre plus curables ou alors même détecter des états appelés « précancéreux », c'est-à-dire qui précèdent cette pathologie qu’on peut guérir avec très peu de moyens plutôt que d’avoir une maladie détectée tardivement et qui sera plus difficile à guérir. Le gros des progrès à faire se trouve indiscutablement dans le 1er tiers.

Dix grandes mesures

Globalement, selon le Dr Kassé, il existe 10 grandes mesures qui permettent de réduire les risques de faire un cancer :

1. Eviter les fumées quelles qu’elles soient (de cigarette, de charbon de bois, d’encens, d’échappements des voitures, de cheminées, de pollutions atmosphériques, industrielles, …) ;

2. Surveiller sa peau et éviter les expositions prolongées et non protégées, dangereuses, au soleil et à certains rayons par exemple, surtout chez les sujets à peau claire, les albinos, les sujets de race blanche ou les sujets de race noire à peau claire ;

3. Manger beaucoup de fruits et de légumes qui apportent des substances appelées radicaux libres et des vitamines ;

4. Eviter les aliments trop riches en viande rouge et en graisses de tous types surtout quand elles augmentent la prise de substances cancérigènes appelées goudron ;

5. Limiter toute forme de prise d’alcool quel qu’en soit le type (alcool traditionnel ou industriel, alcool dit faible ou fort, …). A ce sujet, il a été prouvé à la suite d’une étude de l’Institut français du cancer que même un verre de vin par jour est susceptible d’exposer au risque de cancer, contrairement à ce qui avait été affirmé dans le passé;

6. Connaître toute son histoire familiale en matière de cancer parce que certains cancers peuvent être en rapport avec l’hérédité ;

7. Pratiquer une activité physique permet de créer dans le corps les stimulants des moyens de défense ;

8. L’activité sexuelle est un élément important parce qu’il existe deux grands virus qui sont associés aux cancers en la matière. Le premier est constitué par le groupe des « papilomavirus» qui sont transmis par voie sexuelle et le deuxième par les virus HIV qui favorisent aussi la survenue des cancers. Ces virus «papilomas » provoquent des cancers au niveau des organes génitaux de l’homme et de la femme. Au niveau de l’anus, chez les personnes homosexuelles qui s’exposent à ce type de pratiques, et ces virus sont responsables de cette forme de cancer. Le virus « papiloma » et le cancer du col de l’utérus constituent les premiers cas de cancer de la femme dans les pays en développement. Donc, avoir une activité sexuelle sure, protégée, est un moyen efficace de prévenir la survenue de cette maladie. D’où, selon un commentateur, l’importance de la légalité et de la fidélité dans les rapports sexuels.

9. – 10. - Adopter toutes les stratégies de prévention et de dépistage de cette pathologie, portant chez la femme à dépister les cancers du sein et du col de l’utérus, et chez l’homme à dépister les cancers de la prostate et du gros intestin. Voilà, énumérées sous forme de conseils pratiques, les 10 mesures qui permettent de réduire les risques chez l’homme et chez la femme selon ce médecin cancérologue. Et le Dr Kassé d’ajouter en conclusion sous forme de viatique et d’avertissement: « Il est clair que ceux qui ont vécu le plus longtemps ne sont pas ceux qui se sont privés de tout. Mais, ce sont ceux qui n’ont jamais exagéré en rien qui ont vécu le plus longtemps » !

(Antoine Dos Reis)

Bissau accueille le 8e forum des communications de la CPLP

(Magazine international « Découvertes »,  De notre Envoyé spécial)

 

Du 15 au 16 février 2017 s’est tenu dans la capitale bissau-guinéenne le 8e forum des communications de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), organisé par l’Association des régulateurs de communications et de télécommunications de la CPLP (ARCTEL-CPLP), autour du thème : « Stratégie numérique de la CPLP ». Après l’ouverture solennelle présidée par le ministre bissau-guinéen des Transport et Communications, les participants se sont retrouvés, ce 15 avril 2017, dans un premier panel pour tenter, après l’intervention de différents orateurs, de répondre à la question « Pourquoi une stratégie numérique de la CPLP ? ». Dans l’après-midi du même jour, un deuxième panel a enregistré différentes interventions et travaillé sur « Les technologies de l’information et de la communication comme outils transversaux et facilitateurs des opportunités pour le développement ». Le deuxième jour de cette importante rencontre n’a connu qu’un seul panel portant sur le thème « Quelles stratégies numériques pour la CPLP ? », avant que n’intervienne en tout début d’après-midi, la fin des travaux de ce 8e forum des communications de la CPLP organisé au Plaza Ledger Hotel à Bissau. La cérémonie de clôture a été co-présidée, dans la sobriété, par M. Orlando Fernandes, en sa qualité de président de l’ARCTEL, et l’Ing. Abdu Jaquité qui préside le Conseil d’administration de l’Autorité régulatrice nationale des Technologies de l’information et de la communication de la Guinée-Bissau (ARN-TIC), en tant qu’institution hôte dudit forum.

 

Signalons aussi qu’une photo de famille prise dans les jardins de l’hôtel et un déjeuner self-service offert dans le hall de la salle des conférences ont sanctionné la fin de ces bons moments passés ensemble.

(De notre Envoyé spécial)

INTERVIEW EXCLUSIVE DE L’ING. ABDÚ JAQUITÉ. PCA DE L’ARN EN GUINÉE-BISSAU

Après l’avoir rencontré au mois de février 2017 lors du 8e forum des communications de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), organisé dans la capitale bissau-guinéenne par l’Association des régulateurs de communications et de télécommunications de la CPLP (ARCTEL-CPLP), autour du thème « Stratégie numérique de la CPLP », le président de l’Autorité de régulation nationale  des TIC de la Guinée-Bissau, Ing. Abdú Jaquité, a reçu le Magazine international Découvertes le jeudi 22 mars 2018 pour une interview exclusive. C’était dans son bureau situé au 1er étage de l’Immeuble administratif de l’ARN, non loin de l’hôpital militaire à Bissau.

 

Bonjour Ing. Abdú Jaquité ! Voudriez-vous nous esquisser un organigramme sommaire de l’ARN dont vous assurez la présidence du Conseil d’administration ?

Bonjour et merci de l’opportunité que vous nous offrez ! L’Autorité nationale  de régulation des Technologies de l’information et de la communication ( ARN-TIC) a trois organes: un Conseil d’administration que je préside et qui, dans notre cas, joue en même le rôle de direction générale, un auditeur ou commissaire aux compltes et un Conseil technique. Au Conseil d’administration, le président est entouré par trois administrateurs respectivement chargés des questions tecniques, juridiques et économiques. Et pour mieux faire fonctionner notre agence, quelques directions ont été créées. Il s’agit de la Direction des radiocommunications et de l’ingénierie, de celle chargée des Marchés et de l’accompagnement des opérateurs, de la Direction financière, de celle qui gère les Ressources humaines, de la Direction qui s’occupe de la réglémantation, des affaires juridiques et de la défense du consommateur, de celle chargée des Relations extérieures et de la coopération sans oublier enfin le Secrétariat exécutif s’occupant du Fonds d’accès universel. Il convient de mantionner aussi que les directions comprennent, chacune en ce qui la concerne, des différents départements qui contribuent à leur meilleur fonctionnement. Voilà un peu, sans rentrer dans beaucoup de détails, ce que je pouvais vous dire à ce sujet.

En tant qu’autorité de régulation, pourriez-vous nous dresser l’état des lieux du secteur des Technologies de l’information et de la communication en Guinée-Bissau ?

Il est indéniable, que les Technologies de l’information et de la communication (TIC) jouent un rôle positif dans la société qui enregistre aujourd'hui  des changements profonds à tous les niveaux et dans tous les domaines. Les TIC, dont l'impact se fait sentir dans toute la sphère socio-économique, sont actuellement utilisés comme outils d’aide à la formalisation des politiques publiques et des stratégies de développement durable. Leur appropriation a permis l'émergence de nouvelles formes d'interaction socioéconomique qui peuvent parfaitement contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations et aider à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). L’intégration des avantages de l’utilisation des TIC comme instrument de développement a commencé en 1999 dans la première déclaration des politiques sectorielles et dernièrement en 2010 avec l’adoption du nouveau cadre juridique applicable à la politique du gouvernement en matière de services et de réseaux des TIC ainsi que des ressources et services connexes. Ces préoccupations sont davantage reflétées dans le plan stratégique de développement 2020, avec comme objectif de redresser et de dynamiser le secteur des télécommunications en Guinée-Bissau à travers la création des infrastructures des TIC : disposition d’une bande large avec l’installation d’un câble sous-marin de fibre optique, la promotion de l’innovation, entre autres.

Puis-je passer à la prochaine question ?

Non, parce que je voudrais continuer en disant que suite à cette politique, le marché comporte la téléphonie fixe avec comme opérateur historique Guiné Telecom qui  a cessé ses opérations depuis 2010 alors que le pays ne dispose que de deux opérateurs pour la téléphonie mobile. Le déclin de la société Guiné Telecom avec laquelle le gouvernement a signé un contrat de concession a commencé à se faire sentir en 1996. À cette époque, l'entreprise éprouvait déjà de grandes difficultés pour  satisfaire la demande des clients, résidentiels comme entreprises, de plus en plus exigeants et le nombre de clients en liste d'attente ne cessait d’augmenter. La société a fait face à des pénuries chroniques d'investissements. Le débit de transmission Internet qu'elle offrait rarement ne dépassait pas 64 Kbit en mode dial-up. Donc, elle a presque stagné. Beaucoup de ces difficultés, qui se sont aggravées au fur et à mesure,  sont les conséquences de la guerre du 7 juin après laquelle presque toutes les infrastructures du réseau fixe ont été détruites. Cependant, l'entreprise a réussi à se maintenir jusqu'en 2003 où il y a eu la création de sa filiale de réseau mobile, Guinétel. Cette filiale a utilisé certaines infrastructures de Guiné Telecom pour fournir ses services. Une situation qui n'a pas aidé l'entreprise jusqu'à la fin de 2010 où cette même succursale  n’a pas pu tenir et a également cessé de fonctionner. Dans le marché est apparu un nouvel opérateur concurrent, la Spacetel, actuelle MTN,  et cela a contribué à banaliser l'accès à la communication via le réseau mobile. Conséquence : le prix d'accès (Carte SIM) qui était de 75 000 F CFA en 2003 a chuté jusqu’à 500 F CFA.

« La téléphonie mobile est un domaine relativement nouveau en Guinée-Bissau, puisque n’ayant démarré qu’en 2003 »

Et après ?

La situation concurrentielle s’est développée encore avec l’arrivée d’Orange Bissau, une société, comme MTN et contrairement à Guiné Telecom, aux capitaux  entièrement privés. L’un des gains notables de la libéralisation du secteur est le développement remarquable de la téléphonie mobile qui est devenue une des grandes réussites de la réforme du secteur, étant donné que même dans les coins les plus reculés de la Guinée-Bissau, on peut aujourd’hui trouver des clients de ses services. En l’absence de services de la téléphonie fixe, la mobile apparait comme l’une des plus pénétrées, pour ne pas dire le seul moyen d’accès aux communications. C’est un domaine relativement nouveau, puisque n’ayant été investi qu’en 2003 par la Guinétel d’abord et ensuite en 2004 par Spacetel, toutes deux opérant en GSM. C’est un créneau porteur de beaucoup d’espoir et d’opportunités de développement. Actuellement en Guinée-Bissau,  deux  opérateurs : la MTN (ex-Spacetel) et Orange-Bissau, offrant des options 3 et 4G, se partagent le marché qui a enregistré 1 434 822 d’utilisateurs en 2017 contre 1 285 835 en 2016, soit un taux de croissance de 11, 6%.

Et la place de l’Internet dans tout ça ?

Disons que le segment haut débit du marché de l’Internet est très peu développé. Jusqu’à l’introduction du 3G et 4G, l’accès Internet mobile était assuré à travers le GPRS, EDGE, 2,5G. Mais la situation s’est un peu améliorée avec l’introduction de la technologie WIMAX par l’un des opérateurs. Cet élément n’a pas vraiment changé la situation, le nombre d’utilisateurs haut débit fixe (Wimax) n’ayant pas dépassé 200 en 2016.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés et comment comptez-vous les contourner ?

Nous avons, entre autres, des difficultés avec la réglementation en matière des télécommunications. Vous pouvez faire quelque chose et avoir des problèmes. Aussi nous ne disposons pas des moyens financiers suffisants pour mener à bien notre mission. Nous travaillons activement pour mettre en place un certain nombre de mécanismes qui pourront nous aider à surmonter toutes les difficultés que nous rencontrons. Le contrôle de trafics auprès des opérateurs de la place qui commence à partir de cette année pourra, par exemple, nous permettre de percevoir la part de l’argent qui nous revient sur toutes les communications nationales comme internationales

A cette époque de la mondialisation, quelle appréciation faites-vous du rôle des TIC dans le monde, et comment voyez-vous leur avenir en Guinée-Bissau ?

« Il est prouvé qu'il existe une certaine proportionnalité entre le niveau de développement des TIC d'un pays donné et son niveau de croissance économique et de développement »

 

Depuis longtemps, il est prouvé qu'il existe une certaine proportionnalité entre le niveau de développement des TIC d'un pays donné et son niveau de croissance économique et de développement. Par conséquent, le niveau de développement des pays est aujourd’hui évalué en fonction de leur capacité à prendre en charge de manière cumulative le développement de trois niveaux des TIC: le développement de l'infrastructure et l’accès aux TIC, leur utilisation ainsi que leur appropriation, c'est-à-dire leur utilisation efficace et efficiente au niveau du pays.  Dans le cadre d'un système global, je ne vois pas, en ce qui concerne la Guinée-Bissau, la croissance de notre économie sans l’adoption des politiques publiques claires pour stimuler le développement des TIC, à savoir l'adoption des politiques qui vont favoriser la création de l'infrastructure et l’appropriation  de l’utilisation des TIC dans toute la vie socio-économique du pays. En outre, les innovations qui sont faites dans le domaine des technologies,  y compris les 4 et 5G, la bio et les autres technologies, les énergies alternatives, la fibre optique, démontrent qu'elles seront dans le futur des éléments sans lesquels  la vie de l'humanité ne serait pas ce qu’elle devrait être.

Avez-vous autre chose à dire, Monsieur le Président du Conseil d’administration ?

J’aimerais aussi souligner que malgré les résultats visibles obtenus jusqu’à ce jour, à savoir la croissance du marché des réseaux mobiles, l'augmentation du niveau d'accès aux communications, entre autres, il reste encore un chemin à parcourir.  Le niveau de pénétration et d'utilisation efficace des Technologies de l’information et de la communication, en particulier Internet, est encore loin de ce qui serait souhaitable. Encore une fois, je remercie le Magazine international Découvertes pour la tribune qu’il nous a offerte !

(Propos recueillis par notre Envoyé spécial)