73e ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

(Magazine international Découvertes, La rédaction)

 

Ils ont déclaré

Du 25 septembre au 1er octobre 2018, le palais de Manhattan, siège de l’Organisation des Nations unies à New York, a accueilli  dans sa salle habituelle le débat général de la 73e Assemblée générale de cette institution onusienne autour du thème : « Faire de l’Onu une organisation pour tous : une force mondiale fondée sur des responsabilités partagées, au service de sociétés pacifiques, équitables et durables ».  S’étant intéressé aux interventions de tous les chefs d’Etat et de gouvernement qui ont pris la parole dans ce forum mondial, nous avons choisi pour des raisons qui nous sont propres de faire une diffusion sélective de déclarations de quelques dirigeants qui se sont exprimé lors de ce grand rendez-vous annuel. Le président sénégalais Macky Sall, qui était présélectionné sur notre liste, n’ayant pas fait personnellement le déplacement de New-York, nous avons décidé de nous contenter des personnalités dont les noms ci-dessous. Signalons aussi que la 73e session de l’Assemblée générale de l’Onu a été présidée par Mme Maria Fernanda Espinosa Garcés, de quoi réjouir l’actuel secrétaire général des Nations unies, M. Antonio Guterres, qui a fait de la promotion de la femme l’une de ses priorités.

 

Maria Fernanda Espinosa Garcés, présidente de la 73e Assemblée générale des Nations unies :

 

Dans son discours d’ouverture prononcé le 25 septembre 2018, Madame la présidente a déclaré que l’apport des Nations Unies à l’humanité a été immense, avant d’ajouter que l’essor du droit international, la promotion de la paix, les droits de l’homme, la protection de l’environnement et les objectifs de développement durable dérivaient tous des travaux de cette même Assemblée.  Selon elle, l’Onu, 73 ans après sa création, n’a rien perdu de sa pertinence et le multilatéralisme continue d’être la seule réponse possible aux défis globaux rencontrés par les États Membres. Au regard des souffrances humaines, des guerres, des conflits, des crises économiques et de la détérioration de l’environnement qui affectent sans distinction l’humanité tout entière, Mme Espinosa Garcés a plaidé en faveur d’un agenda multilatéral basé sur trois grands principes: le leadership global, les responsabilités partagées et l’action collective. Le leadership global pour identifier des solutions communes à des problèmes mondiaux et prendre des mesures adaptées,  la responsabilité partagée parce que nous avons tous le devoir de veiller à la cohésion sociale et au respect de la dignité humaine, mais aussi au salut de la planète,  et l’action collective enfin, parce que les problèmes les plus sensibles de l’humanité nous concernent tous. Ensuite, Madame la présidente a suggéré d’articuler ces trois grands principes autour de sept axes prioritaires, à commencer par l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes, dont le manque de participation économique freine selon elle le développement global.  Mme Espinosa Garcés a par ailleurs  appelé à mettre en œuvre des nouveaux pactes mondiaux sur les migrations et les réfugiés, au bénéfice des 260 millions de migrants et des près de 25 millions de réfugiés qui ont été forcés de quitter leur maison par la violence et les conflits. Elle a poursuivi en disant que générer des opportunités de travail décentes pour tous doit également être une priorité, de même que réaliser des progrès dans les accords pour freiner les changements climatiques.  A ce sujet, elle a notamment mentionné les milliers de personnes ayant trouvé la mort dans des ouragans en 2017 et le problème de la contamination plastique des océans. Entre autres axes prioritaires, Madame la présidente a également appelé à renforcer l’engagement des États Membres en faveur des personnes handicapées; à redynamiser les Nations unies pour réformer le système onusien, renforcer le processus de revitalisation de l’Assemblée et améliorer son rôle dans la prise de décisions; et à œuvrer pour la paix et la sécurité mondiales, en donnant notamment davantage de poids à la jeunesse dans la prévention des conflits. Outre ces axes prioritaires, la présidente de la 73e Assemblée générale de l’Onu a appelé les États Membres à maintenir leur engagement à réaliser les objectifs de développement durable, afin que chacun et chacune puisse vivre dans la dignité et la paix.  En ce sens, elle a jugé nécessaire de prendre en compte les pays les plus vulnérables, comme les petits États insulaires en développement, les pays sans littoral et les pays les moins avancés.  Mme Espinosa-Garcés a aussi renouvelé son engagement envers l’Afrique et ses peuples.  « Dédions nos meilleurs efforts pour accélérer la réalisation du programme de développement de l’Afrique ! Ne parlons pas seulement avec l’Afrique, mais agissons avec l’Afrique ! », a-t-elle déclaré.  Outre ce continent, elle a mentionné que l’un des défis en suspens de cette Organisation demeurait de parvenir à une paix définitive et durable au Moyen-Orient. Mme Espinosa-Garcés a également estimé qu’en ce soixante-dixième anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la défense des droits de l’homme devait être au centre des priorités mondiales. Madame la présidente a, profitant de l’ouverture de débat général,  appelé les leaders du monde entier à se montrer à la hauteur des besoins de peuples et à ne ménager aucun effort pour édifier un ordre mondial pacifique, plus sûr et plus humain.  Cela avant de conclure : « Construisons des Nations Unies qui soient davantage pertinentes pour tous » !

Donald Trump, président des Etats-Unis d’Amérique:

 

Après avoir présenté les progrès extraordinaires accomplis par son administration en seulement moins de deux ans, il s’est exprimé longuement sur quelques questions particulières et sur différents dossiers concernant quelques pays et régions de la planète, notamment sa rencontre avec le leader nord-coréen Kim Jong-un au sujet de la dénucléarisation, la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient, la défaite de l’État islamique d’Irak, la tragédie qui perdure en Syrie, le régime iranien qu’il a qualifié de corrompu,  le déplacement de l’Ambassade des États-Unis à Jérusalem, le différend commercial qui oppose son pays à la Chine, le retrait des États-Unis du Conseil des droits de l'homme et la non-participation au nouveau Pacte mondial pour des migrations, le « régime socialiste de Maduro et ses parrains cubains » qu’il a accusés d’avoir poussé le Venezuela vers la faillite, la participation au budget de l’Onu, les questions énergétiques, … Le président américain, grand défenseur de l’unilatéralisme pour ne pas dire nationalisme, a conclu son discours prononcé le 25 septembre 2018 en appelant  à choisir « la paix et la liberté plutôt que la domination et la défaite », il a appelé à la défense de nations pour toujours fortes, souveraines, justes et reconnaissantes « pour la grâce, la bonté et la gloire de Dieu ».

 

Joseph Kabila Kabange, président de la République démocratique du Congo :

 

Dans son intervention faite le même jour que son homologue américain, le président rd-congolais s’est d’abord félicité de ce que la paix se soit consolidée au centre de son pays, tout en reconnaissant que le « défi de la sécurité » restait entier dans la région du nord-est, suite à la persistance des activités terroristes.  Aussi le président Kabila s’est dit déterminé à poursuivre son action en faveur de la paix, de la stabilité et de la « sécurisation » du processus électoral, saluant à cet égard les efforts consentis par la classe politique rd-congolaise en vue de parvenir à un « consensus global » sur le processus électoral.  En dépit de défis énormes, M. Joseph Kabila a réaffirmé le caractère irréversible des élections d’ici à la fin de 2018. Il a aussi déclaré que tout sera mis en œuvre afin que soit garanti le caractère apaisé et paisible desdits scrutins, gage de la consolidation de la stabilité politique et économique dont la République démocratique du Congo a tant besoin pour son émergence. Le président de la RDC a aussi dénoncé l’ingérence caractérisée de certains gouvernements en général, et singulièrement  toute ingérence dans le processus électoral de son pays qui a pour cela décidé de financer l’entièreté des coûts opérationnels. Tout en dénonçant aussi la « diplomatie à géométrie variable » instrumentalisée à outrance par certains pour affaiblir des pays qui ont pourtant décidé de se tourner résolument vers le progrès,   Il a aussi déclaré pour sa part que la République démocratique du Congo, quoique âgée seulement de 58 ans, est fière de partager, en toute humilité mais sans complexe,  son expérience dans des fora tant régionaux qu’internationaux, ayant présent à l’esprit que le chemin à parcourir reste encore long. Poursuivant son propos, le président Kabila a déclaré que L’Afrique souhaite mieux faire entendre sa voix, grâce à une meilleure représentativité à l’Organisation des Nations unies, dont l’essentiel des actions la concerne.  En raison des résultats largement mitigés, vingt ans après le déploiement des forces onusiennes, la RDC réitère son exigence de voir le lancement effectif du retrait de la force multilatérale des opérations de maintien de la paix, a conclu le président Joseph Kabila Kabange qui était à sa dernière participation à ce rendez-vous onusien parce qu’ayant déjà très largement épuisé son dernier mandat et étant resté à la tête de son pays à la faveur de l’accord de la Saint-Sylvestre paraphé le 31 décembre 2017 par les acteurs politiques et entériné par les institutions rd-congolaises compétentes. 

 

Emmanuel Macron, président de la France :

 

D’entrée de jeu, dans son très long discours prononcé le même jour que ses trois prédécesseurs sur notre liste, le président français a rappelé que les participants au débat général étaient les héritiers d’un formidable espoir et que les Nations unies avaient réalisé des résultats comme la diffusion des droits de l’homme, le développement du commerce et de la prospérité, le recul de la pauvreté. Mais en même temps il a aussi appelé à regarder avec lucidité la crise profonde de l’ordre international, relevant que les dérives climatiques, économiques, financières ou environnementales n’avaient pas encore trouvé de réponse appropriée. Fruit d’une espérance, l’Organisation des Nations unies peut devenir, comme son ancêtre qu’est la Société des Nations, le symbole d’une impuissance, a averti le président Macron, pour qui les responsables de ce délitement sont les dirigeants, y compris lui-même. Face à la situation qu’il a brossée, M. Emmanuel Macron a présenté trois voies possibles.  La première consistant à se dire qu’il ne s’agit que d’« une parenthèse » avant un retour à la normale.  Mais il a avoué ne pas y croire, étant donné qu’il voit dans la crise actuelle l’expression de leur insuffisance passée. La deuxième voie serait celle du plus fort, la tentation de chacun de suivre sa propre voie.  Mais pour le président français, l’unilatéralisme conduit directement au repli et au conflit, à la confrontation généralisée de tous contre tous, et nuit à chacun et même, à terme, à celui qui se croirait le plus fort. Une troisième voie, selon M. Emmanuel Macron, qui est sans doute la plus difficile, la plus exigeante, c’est celle qui consiste à trouver ensemble un nouvel équilibre mondial, à forger ensemble un nouveau modèle.  Face à la nouvelle instabilité du monde, il a plaidé pour un nouvel équilibre reposant sur de nouvelles formes de coopération régionale et internationale.  Aussi, il a présenté en ce sens trois principes, à savoir le respect des souverainetés, principe qui se trouve au fondement de la Charte, le renforcement de la coopération régionale et la fourniture de garanties et sauvegardes internationales plus solides. Face aux défis démographique, climatique et numérique, le président Macron a dit sa foi en des valeurs universelles comme l’égalité des individus ou l’égalité entre les sexes. Avouant croire profondément à la souveraineté des peuples et, en même temps, à une coopération renforcée aux formes multiples et à une légitimité renouvelée des Nations Unies, il a plaidé pour une meilleure articulation des actions de l’Onu et de l’Union africaine et souhaité l’adoption rapide en ce sens d’une résolution du Conseil de sécurité. Pour  le président français,  il faut restaurer un multilatéralisme fort, réellement capable de régler les conflits mais aussi de s’attaquer aux causes des dérèglements et des déséquilibres. En outre, il a déclaré ne pas croire au discours d’ouverture inconditionnelle  face aux flux migratoires, pas davantage au discours mensonger de ceux, en Europe ou ailleurs, affirment que leurs peuples seront mieux abrités derrière des murs.  Il s’est donc prononcé pour des mobilités internationales choisies et non subies, tout en appelant à s’attaquer aux causes profondes des migrations subies et à démanteler les réseaux de trafiquants, avant de réaffirmer le soutien de la France au Pacte mondial sur les migrations. Insistant sur le fait qu’en dépit de beaucoup de progrès ayant permis de réduire les inégalités, le combat est loin d’être achevé, le président français a annoncé une série d’initiatives et de mesures en vue de faire face aux nouveaux défis. Affirmant que la décomposition annoncée de l’Accord de Paris a été déjouée, il a aussi suggéré de ne plus signer d’accords commerciaux avec les puissances qui ne respectent pas ledit Accord et de mobiliser les fonds souverains pour une politique « à bas carbone ». M. Macron a ensuite proposé une réforme en profondeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la mise en place d’un système dont le G7 réformé serait le moteur, avec l’appui de l’Onu et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).  Il a aussi appelé à une plus grande participation de grands acteurs privés, comme les géants d’Internet, qui contribuent à changer le monde mais ne participent pas assez à la lutte contre les inégalités, avant de demander que toute la place qui lui revient soit faite à l’Afrique. Rappelant que la capacité des Nations unies à répondre ensemble était trop souvent entravée par les divisions du Conseil de sécurité, le président français a réaffirmé le soutien de son pays à l’élargissement de cet organe dans ses deux catégories de membres ainsi que son souhait de voir encadrer l’exercice du droit de veto en cas d’atrocités de masse. « Le fracas du nationalisme conduit toujours vers l’abîme et les ressentiments accumulés face à l’ordre international peuvent conduire deux fois dans une vie humaine à un déchainement mondial de la violence », a averti le dirigeant français, faisant allusion aux deux guerres mondiales du XXe siècle.

 

M. José Mario Vaz, président de la République de Guinée-Bissau

 

Se plaçant dans le camp des partisans du globalisme, le président bissau-guinéen a déclaré que nous vivons dans un village planétaire où tout le monde est responsable, et pas seulement de ce qui se passe à l’intérieur de son territoire.  Il a aussi relevé l’exigence du respect du principe de responsabilité partagée car, a-t-il reconnu,  la politique nationale d’un pays peut affecter tous les autres si l’on n’y prend point garde. M. Vaz a en outre abordé la question de la réforme du Conseil de sécurité qui, selon lui, doit, pour assoir sa légitimité, assurer une meilleure représentation du continent africain. Quant à la situation dans son pays, le chef de l’Etat bissau-guinéen a rappelé que les recommandations de la Cedeao (Ndlr : Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), ont été mises en œuvre, comme en témoignent d’ailleurs la formation d’un Gouvernement de consensus, la réouverture de l’Assemblée nationale populaire, la prorogation du mandat des membres de la Commission nationale électorale et l’adoption du programme du Gouvernement ainsi que du budget général de l’État. M. Vaz s’est réjoui de ce que pour la première fois dans l’histoire de la démocratie bissau-guinéenne, la session de l’Assemblée nationale soit arrivée à son terme sans être interrompue par un coup d’État ou un autre incident du même genre.  Raison pour laquelle le 30 août 2018, le Conseil de sécurité de l’Onu a pris note de la consolidation de la stabilité politique du pays. Une appréciation qui a d’ailleurs encouragé  le président bissau-guinéen à appeler ce dernier, au nom de la justice et de l’harmonie nationale, à lever les sanctions imposées contre des officiers de l’armée nationale.  Ces décisions attendues depuis longtemps contribueraient, selon lui, à consolider les institutions démocratiques et à instaurer une paix durable dans son pays. 

 

Benjamin Ntanhahu, Premier ministre de l’Etat d’Israël :

 

En introduisant son long discours qui a été, contrairement à ceux de tous ces prédécesseurs sur notre liste, prononcé le 27 septembre, le Premier ministre israélien a commencé par se souvenir d’il y a trois ans quand Israël était, face à environ 200 pays présents dans la même salle, le seul à s’opposer à l’accord nucléaire iranien, parce qu’il menaçait son avenir et sa survie même et ouvrait la voie à un véritable arsenal. L’an dernier, après qu’Israël ait mené une attaque contre les archives nucléaires secrètes iraniennes, ils ont été en mesure de mettre la main sur de très nombreux documents et vidéos enfouis dans un bâtiment souterrain au cœur de Téhéran.  Le Premier ministre Netanhahu a déploré le fait qu’après avoir remis à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) les preuves des plans de l’Iran pour mettre au point l’arme nucléaire, cette agence spécialisée n’ait toujours pas, des mois après, réagi en prenant des mesures, n’a posé aucune question à l’Iran et n’a demandé d’inspecter un seul des nouveaux sites découverts dans ces archives secrètes. Face à cette inaction, M. Netanyahu, a décidé de révéler aux dirigeants réunis dans la salle une information qui n’a jamais été rendue publique en divulguant pour la première fois que l’Iran dispose d’un entrepôt atomique secret à Téhéran, qui sert à stocker des matériaux destinés à son programme nucléaire.  Une information déjà communiquée à l’AIEA en mai 2018.  Profitant de la rencontre en cours, il s’est également décidé de révéler en ce jour, photo de l’extérieur du site à l’appui, une nouvelle information qu’ils n’avaient pas encore communiquée à l’AIEA, à savoir l’existence d’une seconde installation de ce type dans un autre quartier de Téhéran.  Le Premier ministre Netanhahu a appelé le directeur général de l’AIEA à inspecter ce nouvel entrepôt secret sans plus tarder, avant que les Iraniens n’aient vidé le lieu. Il l’a aussi exhorté, tant qu’ils seront sur place, d’aller également inspecter les autres sites dont ils leur avaient déjà parlé et de divulguer la vérité sur cette situation iranienne. Le dirigeant israélien a ensuite démenti ceux qui pensaient que les nouvelles sanctions américaines imposées à l’Iran n’auraient qu’un impact limité.  Selon lui, l’économie iranienne et sa monnaie s’effondrent et le peuple iranien, bien loin de soutenir leurs dirigeants, se retourne désormais contre le régime des ayatollahs. Tout en remerciant le président américain, Donald Trump, et son pays pour leur soutien indéfectible à Israël, M. Netenhahu a aussi appelé l’Europe à rejoindre Israël et les États-Unis dans leur lutte contre l’Iran. Comme une confidence aux dirigeants réunis dans la salle, il a reconnu que l’accord iranien a eu une conséquence positive parce qu’Israël et de nombreuses nations arabes ont pu se rapprocher et nouer des liens d’amitié et de complicité qui auraient été « inimaginables » il y a quelques années, contre la menace d’un ennemi commun. Benjamin Netanhahu s’en est ensuite pris aux Nations unies, qui accusent selon lui régulièrement Israël de racisme, d’apartheid et d’épuration ethnique et a affirmé que c’est toujours le même vieil antisémitisme, qui a simplement un nouveau visage et rien de plus, avant d’ajouter que jadis c’était les Juifs qui étaient persécutés et qu’aujourd’hui c’est l’État juif qui est traîné dans la boue. En ce qui concerne les Palestiniens, le Premier ministre israélien a accusé le président Mahmoud Abbas de financer des terroristes qui assassinent des Juifs, avant de réaffirmer qu’Israël était un État juif, doublé d’une démocratie garantissant l’égalité des droits individuels de tous ses citoyens.

 

Charles Michel, Premier ministre du Royaume de Belgique :

 

Comme son homologue israélien, le Premier ministre belge s’est exprimé le 27 septembre 2018 et dans son discours, il a d’abord souligné que la seule voie qui offre l’espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité c’est la coopération et le dialogue qui, selon lui, permettent de répondre aux replis revanchards, aux tensions économiques, et aux actions unilatérales qui peuvent entraîner l’irrémédiable.  M. Charles Michel a aussi rappelé que l’Union européenne est le fruit d’un dialogue inlassable fondé sur une ambition qui  dépasse de loin la simple addition des intérêts nationaux, une ambition qui a su reconnaître que l’état de droit et la démocratie sont les remparts contre l’arbitraire ainsi que les meilleurs garants pour concrétiser les droits de chaque personne parce qu’ils sont aussi le refus de l’impunité. Selon le Premier ministre belge, le multilatéralisme n’est pas un concept creux, vide de sens, mais plutôt la coopération, la négociation et la bataille des idées et des arguments plutôt que des armes.  M. Charles Michel a regretté que les accords internationaux puissent être jetés unilatéralement « aux orties », comme l’Accord de Paris et celui sur le nucléaire iranien, tout en affirmant que l’histoire a toujours montré que la loi du plus fort ne protège personne.  Saluant au passage l’action du Secrétaire général Antonio Guterres, le Premier ministre belge a estimé que l’Organisation des Nations unies qui, depuis 70 ans, travaille de manière obstinée à l’amélioration d’un monde basé sur un socle commun de valeurs universelles, dispose  d’un potentiel incommensurable. D’après le Premier ministre belge qui ne peut tolérer que des régions entières soient le terrain de jeu de puissances extérieures, vivre ensemble en paix et en harmonie, représente au Proche et au Moyen-Orient un enjeu existentiel. Charles Michel a regretté que le processus de paix israélo-palestinien,  25 ans après les Accords d’Oslo,  soit au point mort, et a réitéré le soutien de la Belgique à la solution des deux États. Il a aussi promis que la Belgique restera mobilisée en faveur des efforts de non-prolifération, de l’économie numérique et de la révolution de l’intelligence artificielle qui apportent leur lot de craintes mais qui surtout offrent de nouvelles opportunités pour un monde meilleur à condition de les mettre au service de tous. Le Premier ministre belge a également vanté les mérites du libre-échange et du commerce, affirmant que le commerce est la prospérité, la paix, avant de se féliciter du récent accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Dans la même lancée, il a proposé un nouveau partenariat euro-africain.  Rappelant qu’avant 2050 le continent africain devrait compter 2,5 milliards d’habitants, il a plaidé pour un partenariat plus ambitieux, pour une alliance sacrée Afrique-Europe qui se traduirait par des investissements, le commerce et les emplois dans les deux continents. M. Michel a également appelé à la mobilisation générale et à l’appropriation du Programme de développement durable à l’horizon 2030, parce que le compte à rebours est enclenché et ses résultats sont indispensables. À cet égard il s’est impatienté face à l’entêtement de certains à nier la réalité des changements climatiques qui est du même ordre, à ses yeux, que l’entêtement de ceux qui niait que la Terre était ronde, cela avant d’avertir que  les catastrophes naturelles se succèdent toujours plus meurtrières et que leurs conséquences risquent d’aggraver les conflits. « Face à ce défi existentiel pour nos enfants, nous avons une responsabilité partagée », a-t-il tranché. Sur la question des migrations, M. Charles Michel a estimé qu’il ne s’agit pas d’être pour ou contre un phénomène inéluctable, mais de le gérer de manière ordonnée, à commencer par retirer les migrations des « griffes des passeurs » et éviter les pièges des populistes d’extrême gauche et d’extrême droite, avant d’affirmer que c’est dans cet esprit que la Belgique devait signer, à Marrakech, le pacte mondial pour les migrations.  A la fin de son discours, le Premier ministre belge a affirmé que la paix est notre bien le plus précieux et qu’elle exige du courage et de la vigilance à chaque instant !

 

M. Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies :

 

Dans son discours prononcé le 25 septembre 2018 à l’orée du débat général de la 73e session de l’Assemblée générale des Nations unies, le Secrétaire général Antonio Guterres, a parlé du syndrome du déficit de confiance  dont souffre le monde aujourd’hui, lequel syndrome se manifeste au niveau des institutions nationales, entre États, ou dans l’ordre mondial fondé sur des règles. Il a mis en garde contre la menace qui pèse sur le multilatéralisme au moment même où on en a le plus besoin. Certes, nous avons élevé le niveau de vie de millions de personnes, bâti la paix dans des pays troublés et évité, en tout état de cause, une troisième guerre mondiale », mais rien de ce qui précède n’est à jamais acquis, a reconnu M. Guterres. Il a fait aussi observer que la confiance dans la gouvernance mondiale est fragilisée, alors que les institutions et les mentalités du XXe siècle ne sont plus adaptées aux défis du XXIe siècle. Pour le secrétaire général de l’Onu, les dirigeants ont également le devoir de promouvoir et de soutenir un système multilatéral réformé, redynamisé et renforcé », et de renouveler leur attachement à un ordre fondé sur des règles », qui place l’Organisation des Nations unies en son centre et s’appuie sur les institutions et les traités qui donnent vie à la Charte. C’est pourquoi M. Antonio Guterres a dit être résolument engagé à réformer l’Organisation et à la rendre mieux à même de répondre aux besoins et aux aspirations des « peuples des Nations Unies ». Regrettant que les défis qu’il avait exposés l’année dernière devant cette même tribune soient toujours d’actualité, notamment les guerres en Syrie et au Yémen, le conflit israélo-palestinien, la question du peuple rohingya, la menace terroriste, le péril nucléaire, les inégalités sapant la confiance dans le contrat social ainsi que les discriminations que subissent migrants et réfugiés, Monsieur le secrétaire général a souligné l’obligation de changer de cap et de relever les défis qui se présentent, préconisant de nous fonder sur les faits, et non céder à la peur; écouter la raison, et non caresser des chimères. Pour ce faire, il a suggéré de placer la prévention au cœur de l’action, estimant que la présente session de l’Assemblée générale constitue une occasion unique d’aller de l’avant. Il s’est aussi félicité, à cet effet, de l’appui solide qu’a reçu son initiative intitulée « Action pour le maintien de la paix », à laquelle 148 États et organisations ont adhéré.  L’initiative a pour but de contribuer au succès des missions que l’Onu envoie dans des régions à l’instabilité chronique. Mais aujourd’hui, Monsieur le SG veut se centrer sur deux défis transcendants qui, l’année dernière, ont acquis un caractère d’urgence absolue: les changements climatiques et les nouveaux risques liés aux progrès de la technologie. À cet égard, António Guterres  a insisté sur le caractère décisif de la Conférence des Parties –COP24–, en Pologne, en décembre 2018, en mettant en garde contre les désaccords entre États Membres, qui nous ont paralysés à Copenhague.  Des désaccords qui ne peuvent se reproduire à Katowice. Concernant les progrès technologiques, il a estimé nécessaire de renforcer la confiance entre les nations et en leur sein, si nous voulons assurer une utilisation responsable des technologies nouvelles.  Antonio Guterres a engagé à utiliser l’Onu comme instance pour attirer l’attention du monde sur ces questions cruciales et favoriser l’instauration d’un avenir numérique sûr et bénéfique à tous.   En dépit du chaos et de la confusion qui règnent dans notre monde, le diplomate onusien a voulu conclure sur les vents d’espoir qui soufflent à travers le globe, illustrés notamment par la signature de l’accord de paix historique entre les dirigeants de l’Éthiopie et de l’Érythrée, il y a quelques jours en Arabie saoudite; la signature d’un accord de paix entre les deux dirigeants rivaux au Soudan du Sud, la courageuse initiative du Sommet de Singapour entre les dirigeants des États-Unis et de la République populaire démocratique de Corée. M. Guterres a également cité l’attachement de la population à la paix en Colombie, la transition politique pacifique en Ouzbékistan, et encore les progrès du règlement des différends entre la Grèce et l’ex-République yougoslave de Macédoine.  À cela s’ajoutent le succès des opérations de maintien de la paix au Libéria et ailleurs en Afrique de l’Ouest, la participation centrale des jeunes d’Arménie à la transition politique, l’adoption des pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrations, la sortie de l’extrême pauvreté de centaines de millions de personnes depuis 30 ans, et les progrès dans l’égalité des sexes. Notre avenir repose sur la solidarité, c’est pourquoi nous devons rétablir la confiance rompue, revitaliser notre projet multilatéral et défendre la dignité de tous, a conclu le secrétaire général.de l’Onu.

La rédaction